Le Poste de Direction de Tir (PDT) de la batterie allemande

C’était en fait le centre nerveux de la batterie : quelque soit sa puissance de feu, elle ne pouvait en effet être opérationnelle sans moyens d’observation, de calculs de corrections et de directives de tir.

L’officier de tir d’une batterie est en fait celui sur lequel repose la responsabilité réelle de l’efficacité de l’unité. Contrairement à des idées parfois reçues et bien ancrées, ses ordres sont transmis directement aux pièces sans avoir à transiter par le P.C. De la rapidité de cette exécution -tirant là sur des cibles mouvantes, de l’observation des impacts des coups, des calculs des corrections à apporter, de leur transmission, dépendent les chances de coups au but...

Construit fin 1941, avec 23 mètres de façade sur mer, une visibilité totale sur 180° -la végétation environnante avait été supprimée, ses trois visières d ‘observation sous casquettes de béton, ce sera le premier ouvrage conséquent à être implanté sur le site. Non normalisé, sans doute exemplaire unique, il ne figure pas dans le Regelbau.

Son importance linéaire peut surprendre : les PDT de la côte normande (Vasouy, Longues,...), pour un nombre de pièces sensiblement identique, ont une emprise plus réduite. Il était, en fait, conçu, à l’origine, pour la direction de tir des batteries du groupe, efficacité oblige : Houlgate, Bénerville, Villerville et peut-être plus tard Hennequeville. Mais, en 1943, chacune de ces batteries sera finalement dotée de son propre PDT.

Peut-être à cause des difficultés de transmission des ordres de tir (lignes téléphoniques endommagées par les bombardements ou les sabotages,...), à moins que la concentration sur un seul poste de l’activité des batteries du groupe se soit avérée être une erreur de conception, fatale en cas de destructions.

Le 9 mai 1944, lors de l’opération “RAMROD 897”, menée par des escadrilles de bombardement de la 9ème

US AIR FORCE, une bombe de 500 livres détruisit la tourelle orientale du poste. Le compte-rendu allemand ne fit état que de trois morts et douze blessés. Sur le plan pratique, cette destruction ne remettait pas en cause le fonctionnement du PDT de Bénerville puisque son activité était désormais réduite à cette seule batterie.

Equipé de matériel de télémétrie, intérieurement recouvert en lambris, disposant de l’eau courante et de l’électricité, relié par téléphone (et peut-être par radio), pourvu de trois accès (dont deux sur tranchée, actuellement condamnées) et de deux sorties de secours, ne disposant pas d’armement collectif, ses six salles étaient isolables, ainsi que les trois caves d’observation (elles, par portes blindées puisque donnant sur l’extérieur), le poste était en état de veille permanente.

Cet ouvrage a été squatté et, comme tous les autres, délesté de tous ses aménagements et structures métalliques. C’est le premier ouvrage qui a été réouvert au public, en 1994.

Il est vraisemblable que l’abri souterrain, ouvrage de première génération, situé à quelques dizaines de mètres en arrière du PDT et composé de plusieurs pièces ait été utilisé comme casernement pour le personnel du poste. Sa construction est antérieure au 25 mars 1942.

Cet ouvrage est le seul sur le site à être équipé de WC avec fosse septique (encore en état de fonctionnement).

Ce qui tendrait à prouver qu’il hébergeait des gradés, puisque, à l’exception de l’ouvrage souterrain, aucun des abris pour groupes de combat n’était équipé de telle sorte.

Un groupe électrogène permettait d’assurer la veille 24/24h, en cas de panne d’alimentation de secteur. A

demi-enterré sous des m3 de détritus après avoir été squatté, il ne peut être dégagé qu’à l’aide d’un engin de chantier. Ouvrage non visitable.